L'état de l'Union
Extrait d'une intervention de Marielle de Sarnez, lundi 7
avril 2008. Nous sommes, pour lUnion européenne,
à la croisée des chemins. A un moment
où me semble-t-il il convient de se poser les
questions fondamentales. Qui sommes-nous ? Que voulons-nous
faire ? Quavons-nous à dire au reste du monde ?
Où voulons-nous aller ?
Le débat
européen a été très vif en
France, à loccasion du referendum sur le projet de
Traité constitutionnel. Avec des positions
tranchées. Lexpression de doutes forts sur lEurope.
Lexpression de peurs. Qui ont donné le
résultat que nous connaissons. Ce Non français
qui a résonné comme un coup de tonnerre en
Europe, parce que tous nos voisins et partenaires
étaient certains quil était impossible.
Je veux rapidement revenir sur les raisons de ce Non. Non pas
pour réécrire lhistoire dhier. Mais parce
que la plupart des raisons qui ont conduit au Non
français sont encore présentes.
Lélargissement de lUnion, passé de 15
à 25, en 2004, en a été une. Parce
quil navait pas été préparé.
Pas revendiqué. Pas assumé. Cet
élargissement, notamment aux pays de lEst, a
déstabilisé une partie de la
société française. Souvenez-vous du
fameux « plombier polonais ». Et des craintes
exprimées par les Européens de lOuest en face
des Européens de lEst, des risques de
délocalisations et de dumping social.
Deuxième raison, la question de la Turquie.
Là aussi, lopinion française voulait envoyer
un signal négatif à un élargissement
quelle redoutait. Et sur lequel notre Parlement avait
été privé du droit de sexprimer par un
vote !
La troisième raison tient à lattitude
française vis-à-vis de lEurope depuis des
années. Nous parlons de lEurope comme sil
sagissait dune question de politique
étrangère. Comme si lUnion européenne
était extérieure à nous. Et nous
faisons de Bruxelles, pour toutes les décisions
difficiles, non pas des partenaires, mais un bouc
émissaire. Il est temps de recréer une
intimité entre l'Europe et nous.
La quatrième raison est plus profonde. Elle
tient aux questions didentité, de valeurs, de
repères. Les peuples européens sont dans une
phase dinquiétude, vis-à-vis de la
mondialisation. Ils sont perdus. Ils sont perplexes. Ils
sentent confusément que seuls, pris chacun
isolément, ils ne peuvent faire face. Mais, ils ne
savent plus ce qui les rassemble. Quel est le projet quils
portent. Ils ont besoin de comprendre le monde. Ils ont
besoin de sécurité. Ils ont besoin de savoir
où on veut les emmener. Et comment. Les peuples
européens ont besoin dune « nouvelle
frontière ». Ils ont besoin dune ambition
retrouvée. Au service dun idéal.
Cette crise européenne qui sest
illustrée par le rejet français à la
Constitution ne sest pas éteinte au prétexte
que nous nous sommes maintenant dotés dun nouveau
Traité, dit Traité de Lisbonne. Bien
sûr, ce texte porte un certain nombre
daméliorations, une présidence du Conseil
stable, un Haut représentant pour la politique
étrangère, lextension du vote à la
majorité qualifiée, davantage de
co-décision pour le Parlement européen, un
droit dinitiative populaire, tout cela, ce sont des
avancées institutionnelles positives. Mais elles ne
prendront tout leur sens que si elles sont mises au service
dune politique. Au passage, je veux vous dire le regret que
jai que les symboles de lUnion, le drapeau, lhymne, la
devise aient disparu de ce texte. Regrets dautant plus
lourds que la France a fait partie des pays ayant
explicitement souhaité leur disparition. Alors que
jaurais aimé quelle se place au contraire dans le
groupe des 16 pays qui ont demandé la
réintégration des symboles européens.
Ce que nous avons à notre disposition aujourdhui,
cest donc un traité convenable pour ce qui touche
à la mécanique institutionnelle, mais vide du
point de vue de linspiration et de lidéal.
Pourtant, selon le dernier Eurobaromètre, avec
un taux moyen de 58%, le sentiment positif dappartenance
à lUnion européenne na jamais
été aussi fort depuis 10 ans. Il atteint 60%
en France, 79% aux Pays-bas et 71% en Pologne. Sans surprise
il culmine à 82% au Luxembourg, et, sans surprise non
plus, le soutien nest que de 34% au Royaume-Uni. Plus
inattendu, les Danois eux-mêmes, longtemps
eurosceptiques, sont désormais satisfaits de leur
appartenance à lUnion européenne à
69%, ce qui explique sans doute pourquoi le gouvernement
prépare pour la fin de lannée 2008 un
référendum qui mettrait fin aux
dérogations obtenues par Copenhague après le
Non référendaire à Maastricht en 1992,
et permettrait au Danemark dadhérer finalement
à lEuro et de pleinement sintégrer à
lespace de liberté, de sécurité et de
justice.
Malheureusement les chefs dEtat et de gouvernement
nont pas su anticiper ce retournement de lopinion
publique. Ne prenant pas la mesure de cette
évolution, il est vrai imprévisible
voilà encore un an, la négociation du
Traité modificatif sest donc contentée de
sauver les meubles institutionnels. Le souffle qui portait
la Constitution est retombé. Mais les instruments
juridiques existent désormais pour nous permettre
davancer. Nous navons désormais plus aucune
excuse.
La seule question qui nous est posée est
maintenant celle de la volonté politique. Cest
souvent le plus difficile.
Nous sommes dans une crise européenne,
larvée et silencieuse. Dont la plupart des dirigeants
nationaux saccommodent parfaitement bien. Tant ils
redoutent plus que tout que lEurope nempiète sur
leurs prérogatives.
Le projet européen
des Pères fondateurs est en panne. La question se
pose aujourdhui de savoir sil faut le raviver ou bien en
inventer un autre pour affronter les défis dun monde
qui a considérablement évolué depuis
les années 50. Théoriquement avec le nouveau
Traité modificatif, le Traité de Lisbonne en
cours de ratification, le choix est fait. Nous poursuivons
le même projet dintégration politique
quà lorigine sur le modèle communautaire.
Mais la machine semble tourner à vide, guidée
par ses seules procédures, et moulinant des
directives de plus en plus techniques et sectorielles,
privant le citoyen de toute vue densemble, dune
perspective qui donnerait le sens et la place de lEurope
dans le monde.
Pourtant, le projet européen tel
quil était imaginé au départ et bien
engagé à la fin des années 80 aurait pu
être une réalité en ce début du
XXIème siècle. Leuro, sil est le
résultat le plus concret de lépoque,
nétait en effet pas la seule perspective ouverte par
le Traité de Maastricht. Il y avait aussi
lébauche dune coordination de nos politiques
économiques, la promesse dune politique
étrangère et de sécurité
commune, lembryon de ce qui allait devenir lespace de
liberté, de sécurité et de justice,
deux domaines sans cesse améliorés par les
Traités suivants. Une monnaie commune, une diplomatie
partagée, une défense en construction, une
politique économique de la zone euro, une police et
une justice transfrontalières : le projet de lUnion
politique européenne était clairement
fédéral et visait à faire de lEurope
une puissance indépendante sur la scène
mondiale. 15 ans après lentrée en vigueur de
Maastricht, le moins que lon puisse dire est que nous ne
sommes pas au rendez-vous. LEurope a pris un retard
considérable, et nest pas en mesure aujourdhui de
jouer un rôle politique de premier plan.
Pour
moi, cette question de lavenir de lEurope devrait
être tranchée de façon
démocratique à loccasion des prochaines
élections européennes. Profitons de ce
rendez-vous auquel sont conviés 450 millions
dEuropéens. Ce sera le moyen pour les peuples de se
saisir de leur destin européen.
Je vous propose plusieurs pistes de réflexion.
La première est celle-ci. Nous devons profiter
de ce grand moment démocratique pour répondre
à une question. Au fond, la question même de
lexistence de lEurope est toujours devant nous. Elle na
pas été tranchée. Voulons nous une
simple zone de libre-échange, où circuleront
librement les personnes, les biens, les services, les
capitaux ? Où lun des seuls repères sera ces
fameuses règles dune concurrence « libre et
non faussée ». Où la gouvernance
communautaire laissera place de plus en plus largement
à lintergouvernemental. Où se formeront des
groupements de pays, sur des intérêts communs
et temporaires. Où les démarches à
géométrie variable seront
privilégiées. Une sorte dEurope à la
carte. Au choix des Etats membres.
Ou bien voulons nous une Europe politique.
Destinée à peser dans le monde.
Décidée à se donner les moyens de
stratégies communes. Assumant clairement le projet de
civilisation qui est le nôtre.
Voilà le choix qui est devant nous. Et selon le
chemin que nous prendrons, les visages de la France, de
lEurope, et du monde, ne seront pas les
mêmes.
Vous lavez compris, je crois, de toutes
mes fibres, que lhorizon européen est le seul
horizon défendable si nous voulons que nos vieilles
nations, nos vieux peuples, durent, perdurent. Et que leurs
valeurs, leurs idéaux, leurs convictions intimes,
continuent dexister, et dinspirer une partie des valeurs
universelles auxquelles nous sommes, nous Français,
profondément attachés.
Mais il ne sagit
plus de faire lEurope à moitié. Si nous la
faisons, alors il faut avancer. Parce que cest la seule
arme dont nous disposons en face dune mondialisation,
avaleuse des identités, des différences.
Cest la première question. Et jai lintime
conviction que, contrairement aux dirigeants nationaux, les
peuples européens savent eux que ce quils ont en
commun est plus fort que ce qui les sépare. Ils
savent quil y a un modèle européen, comme il
y a un modèle américain, ou chinois. Nous
portons un projet de société original,
empreint dhumanisme, parce que nous croyons à
lhomme. Nous croyons à lEtat de droit. Nous croyons
quil y a des valeurs universelles, et dabord, en premier
lieu, de laïcité, de tolérance, de
respect des autres. Nous croyons en la liberté, et en
la responsabilité. Nous aimons la solidarité.
Nous sommes respectueux des libertés individuelles.
Nous refusons toutes les formes de discrimination. Nous
croyons de toutes nos forces que lêtre compte plus
que lavoir. Il y a bel et bien un esprit européen.
Et il mérite vraiment dêtre assumé,
porté, défendu. C'est ma première proposition.
Deuxième proposition. Plus que jamais il
apparaît nécessaire que les Européens
sunissent, quils définissent leur modèle de
développement politique, économique et social,
quils soient prêts à lassumer sur la
scène mondiale et quils soient prêts à
le défendre.
Je vous propose que nous
décidions de faire de lEurope un espace
économique et social durable. Nous avons fait leuro.
Mais nous nous sommes arrêtés en chemin. Il y a
désormais urgence à aller plus loin. Une crise
économique mondiale et financière est à
nos portes. Seuls, isolément, nous ne pourrons peser
en face des enjeux considérables que
représentent aujourdhui la Chine, demain lInde ou
la Corée du sud. LUnion européenne doit
sorganiser pour exister dans un monde en mouvement et pour
préserver son modèle. Faute de quoi, il ny
aura demain quune seule option possible, celle dun repli
sur soi, dune fermeture de nos frontières, dun
protectionnisme dangereux, notamment pour tous les pays en
voie de développement. Avançons. Nous sommes
un ensemble de 450 millions dhabitants, qui pèse
encore 30% du PIB mondial, qui accueille encore 78% des
investissements étrangers. Faisons preuve daudace et
dimagination. Respectons, mais dépassons aussi la
seule règle dont nous nous soyons dotés,
lalpha et loméga de notre politique
économique, la concurrence, pour nous concentrer sur
les enjeux de demain. Il nous faut une politique de
recherche, civile, mais aussi militaire. Il nous faut une
politique spatiale européenne. Il nous faut
développer nos investissements. Il nous faut un
« Small business act » pour développer
nos PME. Il nous faut une coordination de nos politiques
budgétaires, industrielles, économiques,
fiscales, au sein de la zone euro. Il nous faut une nouvelle
politique agricole commune, qui soit plus équitable,
actuellement 80% des subventions agricoles vont à 20%
des exploitations, et qui privilégie la
qualité et le durable. Il nous faut une politique de
lénergie indépendante, qui ne risque pas
dêtre prise en otage par les grands fournisseurs, que
sont la Russie ou lAlgérie. Il nous faut
entreprendre dici à 2020 la réduction de 20%
de nos émissions de gaz à effet de serre, tout
en portant à 20% la part de nos énergies
renouvelables. Il nous faut assumer un modèle social
européen. Inscrit dans une politique de
développement durable. Sans doute, cela
représente aujourdhui un coût. Mais cest un
investissement vital pour les générations
nouvelles.
Évidemment, il y a un préalable à
tout cela. Les Etats membres, et en particulier la France si
elle veut peser en Europe, doivent respecter les
règles communes quils se sont eux mêmes
fixés, en toute liberté. Sans règles
communes, il ne peut y avoir de vie commune. Chercher
à contourner les disciplines collectives ne fait que
retarder la recherche de solutions, paralyse le
fonctionnement de lUnion, et surtout alimente une
méfiance qui porte atteinte aux objectifs. Et si nous
voulons mettre en uvre demain une « gouvernance
économique », cest-à-dire la
coordination de nos politiques économiques et
budgétaires, alors nous devons cesser de violer le
Pacte de stabilité et de croissance. Après
avoir repoussé à 2012 léquilibre
budgétaire promis en 2010, le gouvernement
français est aujourdhui confronté à un
dérapage très lourd de sa dette qui rend
illusoire léchéance de 2012. 2,8% du PIB pour
2007. Sans doute 3% du PIB en 2008. Alors que lAllemagne
sera à 0,5% en 2008 et que lEspagne est
excédentaire. Le fait que la France ne respecte pas
cette règle fondamentale apporte peu de crédit
à ce que nous proposons par ailleurs. Ceci est
évidemment de nature à handicaper
profondément la présidence française.
Un seul exemple. Mais il est parlant. Faute de
crédibilité sur les questions
économiques Paris a du renoncer à organiser un
sommet de leuro, pendant sa présidence, ce qui
aurait été bien utile au regard du contexte international.
Et je vous propose une troisième perspective.
Le monde a besoin dEurope. Plus que jamais. Si nous
décidons de coordonner nos forces, et
délaborer des stratégies communes, alors nous
pèserons, et le monde en sera changé. Nous
sommes les premiers donateurs dans les pays en voie de
développement, et notamment en Afrique. Il nous faut
prendre notre part de responsabilité quant à
lavenir de ce continent. Et sans doute proposer une
nouvelle vision dun développement plus durable qui
permettrait demain aux Africains de vivre de leurs propres
richesses. Agriculture, forêts, minerais,
pétrole, ce continent est potentiellement riche.
Réservons aux Africains une partie de leurs richesses.
Nous sommes les premiers donateurs au Proche-Orient.
Et pourtant, nous nexistons pas, ou si peu, quand par
chance des négociations se profilent. Nous,
Européens pouvons faire partager notre modèle
dans cette partie du monde. Il y a un modèle de
gestion communautaire des richesses, je pense à
leau, qui pourrait utilement être mis en place entre
les pays riverains du Jourdain. Ce modèle
communautaire, il peut exister aussi pour la gestion de
Jérusalem. Nous avons, nous Europe, plus de choses
à dire que nous le pensons. Nous portons une
idée du développement, une idée de la
coexistence pacifique entre des peuples qui se sont
longtemps fait la guerre, nous pouvons, si nous le
décidons être exemplaires. Voilà ce que
pourrait être une vraie politique de lunion pour la Méditerranée.
Cela vaut aussi pour lIrak. Les dirigeants politiques
de lUnion étaient à lépoque de
lentrée en guerre des Etats-Unis majoritairement
pour cette guerre. Mais les peuples, le peuple
européen y était hostile. Un seul pays, la
France, grâce je dois le dire à lobstination
tranquille de Jacques Chirac avait su résister au
rouleau compresseur américain. Mais de position
européenne, il ny eut pas. Si nous avions
existé, nous aurions pu infléchir le cours de lhistoire.
Et je voudrais évoquer ici la question de
lAfghanistan. À la différence de lIrak,
cest une résolution de lONU qui a
décidé de lenvoi de troupes. Cette guerre est
donc « légale » au regard de loi
internationale. 43.500 soldats de la force internationale
dassistance à la sécurité (ISAF)
dirigée depuis Août 2003 par lOTAN, sont sur
place. LISAF a pour mission « daider les
autorités afghanes à exercer et à
étendre leur pouvoir et leur influence sur lensemble
du pays afin de créer les conditions propices
à la stabilisation et à la reconstruction
». Les Etats-Unis représentent le plus gros
contingent avec 15.000 soldats. Plus de la majorité
des militaires engagés viennent des pays membres de
lUnion européenne. Britanniques, allemands,
italiens, néerlandais, français, polonais, ce
sont plus de 20.000 soldats européens qui se trouvent
en Afghanistan.
A lheure où on ne cesse de
parler de « défense européenne »,
on est incapable de se coordonner entre Etats membres pour
élaborer une stratégie commune. Si nous avions
pesé tous ensemble, au lieu de le faire
séparément, si nous avions pesé tous
ensemble, nous aurions pu imposer aux Etats-Unis une vision,
un objectif. Nous aurions sans doute répondu
favorablement à lappel de nos alliés, mais
nous aurions assorti notre aide dune demande politique non
négociable. Cétait, et cest toujours, la
seule façon de peser dans la définition dune
stratégie de fond pour lAfghanistan. Et les
Américains seraient dans lobligation de prendre en
compte nos exigences. Cela nécessite que le
Président de la République française
renonce à un dialogue essentiellement
bilatéral avec les Américains, pour favoriser
un dialogue Union européenne- Etats-Unis. Cela
nécessite que les chefs dEtat des Etats membres
engagés en Afghanistan acceptent de se réunir,
de se concerter, de défendre la seule ligne possible
: il convient de ne pas relâcher leffort militaire,
mais la solution pour que ce grand pays sapaise viendra
dabord des efforts de reconstruction, et passera par la
réconciliation civile des afghans. Dautant plus que
nous sommes, lUnion européenne, le deuxième
contributeur au redressement de lAfghanistan
derrière les Etats-Unis, avec plus de 800 millions
deuros annuels. Si nous ne nous décidons pas
dexister, ce sera une occasion, une chance manquée
de plus. Pas seulement pour lEurope. Mais pour lAfghanistan.
Le monde a besoin que lEurope existe. Mais pour
exister, nous devons conserver notre autonomie, notre
indépendance par rapport aux Etats-Unis, même
si nous sommes alliés. La décision
annoncée la semaine dernière au sommet de
Bucarest par le Président de la République de
réintégrer le commandement de lOTAN est
lourde de symboles. A-t-on mesuré les
conséquences symboliques de cette décision ?
Croit-on vraiment que le renoncement français
à cette autonomie dans lalliance sera un plus dans
lavenir ? Croit-on que satisfaire à cette exigence
américaine sera un gage de reconnaissance pour demain
? Pour ma part, je crois que le point déquilibre que
nous avions trouvé, alliés mais pas
alignés, cette indépendance de jugement pour
la France, cétait la garantie dune
indépendance réelle de lEurope le jour
où elle le voudrait. Cest un enjeu majeur. Et ce
sera un débat majeur dans les prochains mois. Tous
ceux qui veulent une Europe politique, une Europe forte,
tous ceux-là devront agir pour quune telle
décision, en rupture profonde avec lhistoire de
notre pays, ne puisse intervenir.
Les prochains défis auxquels nous serons
confrontés, je pense à la question du
développement durable, je pense à la question
des migrations, je pense à la question de la
mondialisation, je pense à la question du
modèle de société, aucun de ces
défis ne pourra trouver de réponse en dehors
de lEurope. Dans un monde de plus en plus incertain,
sachons utiliser nos chances et nos opportunités pour
redonner confiance à nos concitoyens. Faisons de nos
forces une force collective. Alors, nous pourrons porter
haut sur la scène internationale le drapeau de la
démocratie et de la tolérance.
LEurope
a quelque chose à dire au monde entier. Nous devons
être fiers de ce que nous sommes. De nos valeurs. De
nos principes. Nous devons être fiers de notre
histoire. Elle est en grande partie celle du monde. Sachons
nous montrer à sa hauteur.